Ecrits, nouvelles, réflexions de François Brousse

Nostradamus ressuscite les grands symboles

 


 

 

Une des clefs maîtresses de l'oeuvre prophétique consiste dans l'intelligence des symboles. Ils reviennent luire, comme des feux follets mystérieux, dans la forêt des Centuries. Nous devons prendre au vol ces flammes fugaces et les transformer en phares fixes. Leur lumière éclairera l'inextricable dédale des chemins lancés vers l'inconnu.

La « Lettre à César » renferme déjà une indication précieuse qui peut nous ouvrir des voies audacieusement nouvelles :

Et maintenant que sommes conduits par la Lune, moyennant la totale puissance de Dieu éternel, que autant qu'elle aye parachevé son total circuit, le Soleil viendra et puis Saturne. Car selon les signes célestes, le règne de Saturne sera de retour, que le tout calculé, le monde s'approche d'une anaragonique révolution.

Cette « anaragonique révolution » se confond avec l'entrée du monde dans la constellation du Verseau, ère prodigieuse où tout se métamorphose. Les astrologues modernes se battent à coups de versets bibliques et de calculs orientaux pour définir cette date ; Nostradamus, lui, dans sa « Lettre à Henry Second » , parle nettement de « l'an mil sept cent nonante deux, qui l'on cuidera être une rénovation de siècle ». Date extraordinairement claire, qui correspond sur terre à la Révolution française (n'oublions pas que le 21 septembre 1792 est exactement la date à laquelle la Première République fut proclamée à la face du monde), et dans le ciel à la révolution astrologique.

Maintenant que les trois symboles sont enfermés dans un cercle numérique, essayons de trouver leur sens véritable.

Lorsque Nostradamus écrivait ses hallucinantes prophéties, Soliman le Magnifique, sultan des Turcs, menaçait l'Europe. L'Empire Ottoman était alors la première puissance de l'univers. Or l'emblème des Turcs, c'est le croissant, la lune inquiétante et pâle. Donc, le règne de la lune symbolise, dans Nostradamus, la domination des Turcs.

Le second empire mondial arbore l'emblème éblouissant du soleil, c'est la France. En effet, son puissant monarque, Louis XIV, se fit appeler le Roi-Soleil, et son colossal conquérant, Napoléon, est tellement traversé d'influences solaires que l'on a pu écrire un livre humoristique démontrant qu'il n'était qu'un mythe astral.

Enfin, lorsque le monde s'approchera d'une anaragonique révolution, dans les années précédant la Révolution française, commencera le règne de Saturne. Chez les anciens, Saturne, vaincu par Jupiter, fut relégué aux mers occidentales du globe, dans l'île de Thulé. Ces deux indications - approche de la Révolution française et Extrême Occident - tombent exactement sur les Etats-Unis d'Amérique qui naquirent à travers la guerre d'indépendance en 1776-1783. Voilà donc la succession de trois grands empires mondiaux : les Turcs, les Français, les Américains, avec leurs trois symboles :

- Lune,
- Soleil,
- Saturne.

Pour expliquer les quatrains où brillent ces symboles, il suffit de remplacer le nom des astres par le nom des nations correspondantes et le triple destin de la Turquie, de la France et des Etats-Unis d'Amérique surgit à nos yeux attentifs.

Voici maintenant une autre constellation de symboles, précisés dans la strophe suivante :

Tant d'ans les guerres en Gaule dureront
Outre la course du Castulon monarque,
Victoire incerte trois grands couronneront
Aigle, Coq, Lune, Lyon, Soleil en marque.

(I,31)

Ce quatrain contient six énigmes symboliques : Castulon monarque, Aigle, Coq, Lune, Lion, Soleil. Nous avons déjà mesuré la Lune et le Soleil ; mais attention, le prophète les charge de nuances différentes. Les six symboles représentent les régimes qui doivent s'installer en France, « en Gaule » , et tous seront marqués par des guerres.
A ce moment là, le Soleil revêt évidemment le visage de Louis XIV. L'emblème solaire a par suite deux sens dans Nostradamus ; il signifie soit la France en général, soit la monarchie absolue de Louis. Ces deux sens se complètent sans se contredire.
Ce symbole cerne la IIIe et la IVe République ; elles ombragent sous leurs ailes tout le Maghreb musulman dominé par le Croissant de Lune.
Par opposition, la lune signifiera un régime populaire, et de plus, un régime né dans l'ancien empire du Croissant Lunaire (Syrie, Afrique du Nord). Au point de vue astrologique, elle est dominée par le cycle lunaire de 36 ans qui débuta en mars 1945. Cette fois, le symbole lunaire peut revêtir deux sens bien différents : sous l'angle mondial, c'est la Turquie ; sous l'angle français, il désigne l'ère gaulliste. De là, un fouillis d'erreurs possibles, voulues par le malin divinateur.
Le coq peut aussi représenter la nouvelle France, façonnée par de Gaulle car le mot latin Gallus signifie à la fois coq et Gaulois. Le coq et l'aigle sont des symboles très connus des Français. Le coq chante sur le régime républicain, l'aigle plane sur le régime impérial. Ils ornent, l'un et l'autre, les monuments publics, les affiches, les timbres, toute la vie nationale.
Le Castulon monarque, c'est le monarque revêtu de la Castule romaine. La IIIe République pourrait être ainsi figurée, mais elle n'est pas monarchique. L'expression indique un régime intermédiaire, moitié monarchie, moitié république : la royauté constitutionnelle de Louis Philippe. Ainsi s'enchaînent tous les moments de la France. Reste le Lion. Problème assez épineux. Si nous demeurons sur le plan français, le lion représente la monarchie féodale, antérieure à l'absolutisme Louis-quatorzième. Je base cette interprétation sur le fameux quatrain annonçant la mort de Henri II :

Le lion jeune le vieux surmontera
En champ bellique par singulier duel
Dans cage d'or les yeux lui crèvera,
Deux classes une, puis mourir, mort cruelle.

(I,35)

On se souvient que, dans le fatal tournoi, la lance du jeune Montgomery brisa le casque d'or du roi et lui creva un oeil. Henri II mourut de cette atroce blessure. Montgomery, capitaine des gardes écossais, arborait le lion d'Ecosse ; et Henri II, en l'honneur de Marie Stuart, portait les mêmes armes. La strophe est donc miraculeusement juste.
Mais Nostradamus élargit le symbole. Le lion représente non seulement les Valois, mais encore la Grande-Bretagne, dont le blason porte en effet ce fauve royal. Si nous ajoutons un cycle d'Abraham (295 années) à la date où mourut Henri II, nous obtenons : 1559 + 295 = 1854. C'est le siège de Sébastopol. La France et l'Angleterre, ces jeunes lions, triomphant de la vieille Russie tsariste.

D'autre part, il est extrêmement curieux de voir un même nom, Montgomery, flamboyer sur la France et l'Angleterre. Le vicomte de Montgomery tua le roi de France Henri II (1559). Le général britannique Montgomery battit les troupes de Rommel (1943) et Rommel, plus tard, mourut de façon tragique (accident d'automobile ou suicide ordonné par Hitler ?).
L'écusson de l'Angleterre est porté d'un côté par un lion et de l'autre par une licorne. La Licorne ou le Cheval, deviendra, dans les Centuries, le second symbole de l'Angleterre. Ainsi s'expliquent de nombreux vers, notamment :

Entre deux mers dressera promontoire
Qui puis mourra par les mors du cheval
Le sien Neptune pliera voile noire
Par Calpte et classe auprès de Rocheval.

(I,77)

Les commentateurs ont bien su discerner qu'il s'agissait de Napoléon, mais ils n'ont pas su le démontrer. Le promontoire dont il est question se confond avec le cycle de Mars (130 années), qui joint l'épopée de Napoléon aux ravages d'Hitler. Les deux conquérants furent mordus, vaincus par le cheval britannique :

1815 + 130 = 1945.

De Waterloo à l'écroulement de Berlin, la chaîne des nombres se déroule implacablement. Neptune, Dieu des mers, symbolise aussi l'Angleterre. Mais il y a deux Neptunes : le sien (celui de Napoléon, l'Angleterre) et l'autre, le grand Neptune, dont Nostradamus nous parle dans des quatrains complémentaires. Le grand Neptune symbolise alors les Etats-Unis d'Amérique, parents de l'Angleterre, armés d'une puissance vertigineuse.
Rocheval, c'est Rochefort (en latin « vallum » signifie fort). Près de Rochefort, où Napoléon vaincu venait d'arriver, une escadre anglaise bloquait la côte. « Classis » , en latin, veut dire flotte.

Enfin, Calpte se décompose ainsi : « Calpé » et la lettre « T ». « Calpé » est l'ancien nom de Gibraltar, un des noeuds essentiels de l'empire britannique. Et « T » , c'est la lettre hébraïque Theth, qui est en correspondance avec l'arcane IX du Tarot, l'Ermite. Cet arcane, nous le verrons dans le coeur de l'ouvrage, représente les Etats-Unis d'Amérique ! Et, astrologiquement l'Ermite est en rapport avec la planète Neptune.
Le mot « Calpte » réunit donc, dans sa complexe architecture, les deux Neptunes : Calpé-Angleterre et Theth-Amérique.

Nostradamus attribue aux Américains de nombreux symboles. Nous venons d'en voir deux : Saturne et le Grand Neptune. Le prophète en emploie souvent un troisième : Vénus. Pourquoi Vénus ? Cette pure planète brille à l'orient et à l'occident du monde. Elle précède le lever du Soleil et suit le couchant rouge de l'astre. Dans son domaine occidental, elle reçoit le nom d'Hespérus. Et comme de nombreux Hespérus étincellent sur le drapeau étoilé des Etats-Unis, Nostradamus donnera à la nation américaine le nom harmonieux d'Hespéries. Cela rappelle le jardin aux pommes d'or, situé lui aussi à l'occident du globe, que gardaient dans la mythologie, les vierges Hespérides. Astrologie et mythologie conjuguent dans les Centuries leurs lumières mouvantes.
Voici une strophe annonçant la prépondérance américaine :

Libra verra régner les Hespéries,
De ciel et terre ternir la Monarchie,
D'Asie forces nul ne verra péries,
Que sept ne tiennent par rang la Hiérarchie.

(IV,50).

Les sept qui tiennent la Hiérarchie sont les sept derniers papes de l'ère catholique, dont la fin sonnera aux environs de 2015.
Il nous reste donc sept papes, en comptant Pie XII, contemporain de la guerre où triomphèrent les Etats-Unis. Nostradamus est ici d'accord avec la prophétie des papes, qui donne encore 7 devises :

- I PASTOR ANGELICUS (PIE XII)
- II PASTOR ET NAUTA
- III FLOR FORUM
- IV DE MEDIETATE LUNAE
- V DE LABORAE SOLIS
- VI DE GLORIA OLIVAE
- VII PETRUS ROMANUS

Mais la strophe nous met en présence d'un nouveau symbole : libra, la Balance. Au point de vue traditionnel la balance est le symbole de l'Autriche et du Japon. Le destin de ces deux nations se trouve dans les strophes marquées du coin de la Balance :

La soeur ainée de l'Ile Britannique
Quinze ans devant le frère aura naissance
Par son promis moyennant vérifique
Succèdera au règne de la Balance.

(IV,96)

L'indépendance des Etat-Unis d'Amérique fut reconnue par l'Angleterre vaincue, au traité de Versailles : 1783. Ajoutons 15 ans :

1783 + 15 =1798.

Nous sommes au commencement du météore napoléonien. Le jeune général, victorieux en Italie, s'embarque maintenant pour la conquête de l'Egypte. C'est lui « le frère » car il appartient à la Franc-Maçonnerie et cet ordre puissant le soutient dans sa destinée.
Si nous voulons préciser encore les dates, nous remarquerons que l'indépendance américaine fut décidée par la bataille de Yorktown, où les Franco-Américains vainquirent les Britanniques (1781). Ce fut le combat décisif de la guerre. 15 ans plus tard, nous sommes en 1796, lorsque Bonaparte se dévoile dans le prodigieux fracas des guerres d'Italie.
« La soeur aînée de l'Ile Britannique » est évidemment la plus grande des nations anglo-saxonnes : l'Amérique. Elle doit succéder au règne de la Balance, c'est-à-dire à la puissance japonaise. Or, la première intervention américaine, pendant la Grande Guerre, eût pour résultats la victoire franco-anglaise, et le démembrement de l'empire autrichien. La deuxième guerre mondiale a eu pour résultat l'écrasement de l'empire nippon.

Si nous ajoutons à la victoire de Yorktown, le cycle de Cromwell spécifiquement anglo-saxon, nous aboutissons avec une exactitude parfaite, à la date des traités de Versailles, ceux de 1919 :

1781 + 138 = 1919.

Ajoutons à cette nouvelle date la période de 15 ans que nous indique Nostradamus, nous avons :

1919 + 15 = 1934.

Et nous assistons au triomphe d'Hitler en Allemagne. Hitler qui, Napoléon caricatural, s'appuie sur une puissante société secrète : l'Ordre Teutonnique.
Cette même date - 1934 - est obtenue en ajoutant le cycle de Cromwell aux débuts italiens de Bonaparte :

1796 + 138 = 1934.

Etranges rouages des mouvements historiques...
De plus, Bonaparte céda aux Etats-Unis, en 1803, la vaste Louisiane, ce qui agrandit le territoire dynamique de l'Union. Premier accroissement du géant, et date base permettant un nouvel essor de la clef de Cromwell :

1803 + 138 = 1941.

En décembre 1941, les avions japonais, sans déclaration de guerre, attaquent la flotte américaine concentrée à Pearl Harbour. Faute irréparable. Ces fourbes Asiatiques, fiers d'avoir détruit 19 navires américains et 277 avions surpris au repos, enflammèrent de fureur le colosse blessé. Dès lors, l'écrasement final du Japon était inévitable.
La « soeur aînée de l'Ile Britannique » succède à l'empire jaune que domine le signe de la Balance.

Le cycle de Cromwell nous permet d'interpréter le troisième vers, incompréhensible en français, mais assez clair en latin.
« Par son promis moyennant verrifique » nous présente trois mots mystérieux, qui s'éclairent par leurs équivalences romaines :

- Promis = Promissus, envoyé en avant
- Moyennant = Medium, intervalle de temps
- Verrifique = Véridus, qui confirme la vérité d'une prédiction

La phrase signifie donc « par son intervalle de temps, envoyé en avant et qui confirme la vérité de la prédiction ». L'intervalle de temps, le cycle propre aux Etats-Unis, son « promis » est la période anglo-saxonne, la clef de Cromwell.
Quant à l'empire vaincu, le Japon, il a un autre symbole que la balance ; c'est le Soleil Levant, le Soleil qui flamboie sur ses orgueilleuses bannières anéanties.

Soleil Levant un grand feu l'on verra
Bruit et clarté vers Aquilon tendants
Dedant le rond mort et cris l'on orra,
Par glaive, feu, faim, mort les attendans.

(II,91)

Le grand feu que l'on verra sur l'empire du Soleil Levant tendra, sous forme de bruit et de clarté, vers l'empire de l'Aquilon (qui dans Nostradamus représente l'Allemagne, puissance nordique). Il s'agit donc des bombardements aériens qui tombèrent sur le Japon et l'Allemagne. Les deux empires assaillis de cette manière (les « attendans ») mourront par le glaive, le feu et la faim. Reste à expliquer « le rond ». La clef latine nous donne :

Rond = Rota

Dans Sénèque, Rota signifie orbite, cours, révolution. Cela nous met en rapport avec les cycles historiques et la marche des astres. Mais, dans Cicéron, Rota c'est la Roue de la Fortune. Fortune ou le Sphinx. La clef latine offre donc deux systèmes d'interprétation : les Nombres et les Tarots. Ils se complètent très bien.
Le cycle de Mars va de l'écroulement de Napoléon à la pulvérisation de Hitler :

1815 + 130 = 1945.

Sur la roue tournante du Destin, Typhon le farouche descend, Hermanubis le Sage monte. Au-dessus plane le sphinx marmoréen qui, dans sa griffe, tient une épée et dans ses yeux, le secret des mondes. La roue symbolise la succession des rythmes contradictoires, le Zénith et le Nadir, les triomphes et les catastrophes, l'irrésistible évolution qui entraîne sages et fous dans son élan sidéral. Elle s'arrête quand Oedipe a trouvé l'énigme du Sphinx, quand l'homme devient Dieu.
Elle représente dans le cas qui nous occupe, l'ombre voilée dont le glaive brise les conquérants. Aquilon symbolise l'Allemagne, comme nous venons de le voir. Mais cet âpre pays a d'autres images. Traditionnellement, l'Allemagne était dominée par le signe du Bélier.

Toutefois, comme le Bélier dominait aussi la Grande-Bretagne et que, depuis l'unification prussienne, l'Angleterre et l'Allemagne se heurtaient, il a fallu chercher un autre hiéroglyphe. La majorité des astrologues est tombée d'accord pour choisir le Scorpion. Ils ne se doutaient pas que leur Maître, l'ironique Nostradamus, avait déjà trouvé le même signe.

Les deux malins de Scorpion conjoints,
Le grand seigneur meurtri dans la salle :
Peste à l'Eglise par le nouveau Roi joint,
L'Europe basse et septentrionale.
(II,81).

Le premier vers indique l'Axe, l'union des deux astucieux dictateurs (« les deux malins » sous le signe du Scorpion, sous l'influence dominante de l'Allemagne).
Résultats violents de l'Axe : les meurtrissures faites dans « la salle » au « grand seigneur ». Vers assez peu clair. Le grand seigneur représente sans doute le puissant roi de d'Angleterre, appuyé sur le granit de l'Empire Britannique. Ses meurtrissures sont les défaites qu'il essuya diplomatiquement (« dans la salle » , Munich ?).

Les vers suivants sont plus limpides. Le nouveau roi (Hitler) persécutera l'Eglise et joindra dans sa main cruelle l'Europe du Sud et du Septentrion. Allusion aux premières conquêtes germaniques, la campagne des Balkans (« l'Europe basse ») et les débuts triomphaux de la guerre contre la Russie (« septentrionale »).

Pour Nostradamus, imbu de culture antique, les Germains sont des barbares. Ils ont engendré ces Allemands atroces qui ravagent périodiquement le monde par la torche et le glaive. D'où nouveau symbole, racial cette fois-ci. Les Germains, Autrichiens, Prussiens, Allemands, ces destructeurs des hautes civilisations, sont désignés par : les barbares ou par un mot approchant.

Ici, la fantaisie du Maître se déchaîne. Trouvant trop clair le symbole « barbares » , il s'amuse à d'infinies variations sur ce mot fondamental. Barbare devient Barbarin, barbaris, Oenobarbe et barbe tout court ! Petites malices, où trébuchent les commentateurs.
En récoltant les vers qui portent le mot-clef on reconstitue une rapide histoire de l'Hitlérisme.

- Devers l'Espagne au secours Oenobarbe (V, 59)
- la barbe crêpe et noire par engin subjuguera la gent cruelle et fière » (II, 79)
- Rome, Venise par Barbe horrible crie (VIII, 49)
- Qu'à Ponteroso chef Barbarin mourra (VIII, 49)
- Chassé par la Barbarique Ligue (V, 80)

Ce qui veut dire :

- Les Allemands iront au secours de l'Espagne,
la jeunesse allemande répandra crainte et frayeur.
- Les nazis par leurs engins de guerre
Subjugueront la nation fière et cruelle.
- Rome et Venise crient sous l'occupation horrible des Allemands
- A Ponteroso un chef allemand sera vaincu
- Les Allemands et leurs alliés seront chassés.

En somme, la barbarie de la jeunesse allemande, la guerre d'Espagne, la guerre de Pologne (II, 79), l'occupation de l'Italie, la défaite allemande à Pontecorvo, les désastres successifs de l'Axe ont été magistralement prévus.
En face du colosse allemand se dresse le colosse russe, dont le symbole est le Verseau, avec son amphore ruisselante d'étoiles. L'ère où nous sommes depuis 1793 est l'ère du Verseau ; la nation marquée par ce signe formidable devait, logiquement, devenir une des nations dominantes du monde. Nostradamus l'appelle tantôt « l'urne », tantôt « les eaux » par allusion à l'amphore stellaire.

Par feu du ciel la cité presque aduste,
L'urne menace encore Deucalion.

(II,81).

Le premier vers indique l'incendie d'une ville, « adusta» = brûlée, sous les bombardements aériens, « feu du ciel » : Berlin. Puis la Russie, « l'urne» , menacera la Grèce « Deucalion», le Noé grec. La prophétie s'est réalisée.

Après viendra des extrêmes contrées,
Prince Germain sur le trône doré,
En servitude et par eaux rencontrées
La dame serve, son temps plus n'a duré.

(II,87).

Nous voyons apparaître Hitler et sa puissance terrible. Mais les deux derniers vers sonnent le glas de « la dame serve » , l'Allemagne esclave, devant les « eaux rencontrées » (les offensives russes). Parfois Nostradamus joue sur le terme « eaux » et varie agréablement son style en disant « pluie » , « inondation », etc..

En la campagne sera si longue pluie
Et en la Pouille si grande siccité
Coq verra l'aigle, l'aile mal accomplie,
Par lion mise sera en extrêmité.
(III,52).

Dans les campagnes longue guerre russe, « longue pluie » , et en Italie du Nord « Pouille » longue guerre allemande : « siccité » = sécheresse, par opposition à pluie. Le Coq gaulois verra l'aigle allemand, dont l'aviation sera ruinée, « l'aile mal accomplie » , tomber devant le lion britannique. Nostradamus, emporté par le flot chatoyant de l'association des idées, appelle encore la Russie « tempête » , « grêle » , « neige ».

L'oeil par objet fera telle excroissance,
Tant et ardente que tombera la neige,
Champ arrosé viendra en décroissance,
Que le primat succombera à Rege.
(X,70).

La strophe ne peut se comprendre que par un système de transposition analogue aux équations géométriques. L'oeil est un organe gouverné astrologiquement par le signe du Bélier, qui lui même gouverne l'Angleterre.

Le premier vers indique donc la puissance grandissante de l'Angleterre grâce à un obstacle « objectus ». Cet obstacle, c'est l'armée russe, la neige nombreuse et brûlante. Le champ arrosé par la neige se confond avec l'Allemagne contractée devant les attaques soviétiques. Enfin Rege, c'est la ville de Riga, qui fut le pivot d'une terrible bataille russo-allemande en octobre 1944. La puissance d'Hitler « le primat » succombera à Rege.

Serpents transmis en la cage de fer
Où les enfants septains du Roi sont pris
Les vieux et pères sortirent bas de l'enfer,
Ains voir mourir de fruit mort et cris.

(I,10).

Plusieurs défilés montagneux sont appelés Portes de Fer, dans les Carpathes, dans le Caucase, dans la Djurdjura. Laquelle de ces montagnes verra l'encerclement de sept armées par l'innombrable invasion asiatique ? Nos descendants le sauront assez tôt.

D'autres symboles se lèvent dans le gouffre nostradamien. L'Italie, née en 1860, est prévue par le visionnaire, qui la nomme Jupiter car ce Dieu latin avait un temple célèbre au coeur de l'antique Rome. Et voici une strophe remarquable où reparaissent nettement des hiéroglyphes déjà éclaircis.

Le règne et loi sous Vénus élevé,
Saturne aura sur Jupiter empire :
La loi er règne par le Soleil levé,
Par saturnins endurera le pire.
(V,24).

Les symboles déjà connus sont Vénus et Saturne, qui représentent les Etats-Unis d'Amérique, le Soleil levé qui représente le Japon. Jupiter vaincu par le Saturne américain représente logiquement l'Italie et le quatrain dessine la Seconde Guerre Mondiale. Les mains lumineuses du prophète jettent des braises dans le sombre futur.

Rome avec sa louve de bronze permet au prophète de bâtir une nouvelle idole. Le fascisme international, dans ses débuts italiens, prit comme emblême la louve romaine, puis il créa un nouvel empire romain germanique. Nostradamus appelle « Loup » cette féroce tyrannie aux appétits destructeurs.

En la cité où le loup entrera,
Bien près de là les ennemis seront :
Copie étrange grand pays gâtera,
Aux murs et Alpes les mais passeront.
(III,33).

Le vers final montre bien qu'il s'agit du deuxième massacre mondial. La chute des murs (mur de l'Atlantique, mur de la Méditerrannée) en 1944, et le franchissement des Alpes par l'armée française en 1945. Les trois autres vers indiquent les évènements antérieurs. Prise de Rome par les Allemands après l'effondrement de l'Italie : la ville fut prise par encerclement, « bien près de là ». Et combien de grands pays, Pologne, France, Russie, Italie, se virent dévastés par les armées étrangères, « copie étrange».

Il existe dans Nostradamus d'autres symboles, mais ceux que j'ai indiqués sont les principaux. Dans cette ville cyclopéenne, avec ses architectures complexes plongées dans les ténèbres, ils suffisent à guider l'explorateur en illuminant de leurs lampes puissantes les artères fondamentales.

(édition BMP 04/2000)