La Naissance d'Osiris

Tandis que le Soleil mystérieux flambait
Sur la montagne verte aux rouges retombées,
Epanchant à l'Egypte une aurore immortelle,
Les fleuves, où les cieux bigarrés se marient,
Le long des toits de marbre aux chapiteaux fleuris
jetaient leur neigeuse dentelle. 

Tout palpitait de vie, de joie, de force rude ;
Les lions rugissaient au fond des solitudes,
Les ibis s'envolaient comme des angélus,
Et cambrant hardiment leur jeune sein de vierge,
Les barques aux flancs d'or allumaient sur les berges
Les yeux mystiques des lotus.

Les crocodiles noirs nageaient dans l'eau du Nil,
Les ichneumons grondaient dans leur sanglant chenil,
Les roseaux fous chantaient ainsi que des tziganes,
Des sauvages tribus, l'arc ou la flèche en main,
Spectres échevelés, hantaient d'âpres chemins
Sous le grand frisson des platanes.

Une voix, soulevant l'éther universel,
Bouleversa le coeur des mers brûlées de sel,
Où les voiliers aux blanches ailes se balancent,
Si fière que les lacs peuplés de pélicans,
Les trombes d'émeraude et les pourpres volcans,
Pour l'écouter, firent silence.

Et cette voix disant « O peuples, à genoux !
Le Roi de l'Infini va naître parmi vous,
Il sera le vainqueur enflammé de l'espace !
Vipères et dragons, cachez-vous dans les bois !
Devant son pur visage où la vigueur flamboie
La puissance du monde passe.

Il essuiera les fronts inondés de sueur,
Il vous dévoilera l'effrayante lueur
Dans laquelle se noie le rêve obscur des sages,
Il civilisera les guerriers rugissants
Et sa main gravera sur les nuées en sang
Un sombre et radieux message.

Il sera le monarque éblouissant du ciel ,
Le fleuve de tendresse aux flots d'ambre et de miel,
Le calme traducteur du secret des étoiles,
Il construira des tours dans les nuages d'or
Et son verbe, plus haut que le vol des condors,
Déploiera ses ailes royales.

Osiris ! Osiris ! le monde ému t'attend !
Viens pencher ton grand coeur sur son coeur palpitant,
Le monde a soif d'amour, de gloire et de justice !
Brise la nuit sanglante, adoucis les hivers,
Répands les purs rayons sur le vaste univers,
Comme le Soleil au solstice !»

Et dans la sainte Egypte un éternel enfant
Naquit, portant le ciel sous son front triomphant,
Tenant dans sa main droite une flamme stellaire
Dont le reflet magique éclaira les lointains,
Et la joie de l'abîme inonda les chemins
Et les montagnes s'ébranlèrent !