Le Myste

Le myste, avec son rêve d'astres,
Contemplait le soleil levant.
On entendait dans les pinastres
La plainte incertaine du vent.

Il se demandait : quelle marque
Révèle en l'homme un initié
?
Hermès se dresse dans sa barque,
Porte-t-il un masque d'acier ?

Exhale-t-il l'odeur divine ?
Le myste en vain scrutait le ciel,
Cherchant dans sa nacre opaline
L'éclat du Signe essentiel. 

Il vit alors un grand fantôme
Qui venait de l' illimité.
Toute la lumière du dôme
Tressaillit de sa majesté. 

Quel est ton père, ô spectre immense
Dont la robe couvre les monts ?
Es-tu celui qui recommence,
Es-tu le vainqueur du Démon ? 

Le myste sentit dans son âme
L'âme d'un sage des vieux temps
Qui surgissait, trempée de flamme,
Du fond des mondes éclatants. 

Sursaut prodigieux d'extase !
Il vécu l' instant idéal,
Etant à la fois onde et vase,
Pour ne former qu'un seul Graal. 

Il se sentit unique et double,
Aigle en même temps qu'alcyon,
Comme une brûlante escarboucle
Qu'illumine un vivant rayon. 

Vertige ! En cette heure éternelle
Il compta deux âmes en lui,
Son âme personnelle, et celle
Qui sortait des lieux éblouis. 

Veux-tu savoir par quel miracle
La Terre se transforme en feu ?
Il faut être le réceptacle
D'un des huit visages de Dieu.