Hymne au Soleil, de François Brousse
Sois béni, Soleil magnanime,
Les peuples du fond des abîmes
Chantent ton flambeau souverain
Ta face d'or foudroie la terre,
Lorsque tu surgis, solitaire,
Sur les monts que ta flamme étreint.
Comme un pêcheur répand les poissons qui flamboient
Sur la table superbe où sont assis les rois,
Les poissons qu'une nacre aurorale accompagne,
O pêcheur de rayons, tu vides ton panier
Où grouillent les trésors des malins printaniers
Sur le vert tapis des campagnes.O père flamboyant des fleuves somptueux,
C'est toi qui bois la mer aux flots tumultueux
Pour la vomir en pluie sur les cimes fécondes !
Du silence du pôle aux chants de l'équateur,
L'onde multipliant ses élans créateurs
De tes mains tombe sur le monde !C'est toi qui fais vibrer en transposant les eaux
Le vaste globe ceint d'un bleuâtre réseau.
Et qui déplaces l'axe énorme de la sphère ;
Tu mêles dans la nuit les plaintes moirées
Comme un jongleur aux mains magiques lancerait
Des oranges dans l'atmosphère !Les arbres que transperce ardemment la rosée
Grandissent sous le choc de ton souffle embrasé
Ainsi que la clameur de la Terre vivante !
Les fleurs qu'épanouit ton sourire subtil,
Enfermant l'arc-en-ciel entre leurs chastes cils,
T'offrent leurs âmes émouvantes.Les fruits, lourds alambics du feu quintessencié,
Ornent splendidement les feuillages princiers
Comme des pierreries sur la robe royale.
Tu fais grandir les joncs murmurants et rêveurs
Et les vastes forêts bâtissent en ferveur
Leurs harmonies monumentales !Le Soleil retentit dans vos profonds soupirs,
Cèdres du Sinaï, chênes du Vallespir,
Verts sages dont la barbe est pleine de tonnerres !
Les oliviers d'argent aux yeux illuminés
Sur la colline où meurt la Méditerranée
Semblent des fleurs imaginaires.C'est le Soleil qui peint d'un pinceau délicat
Vos grappes ruisselant de lumière, ô muscats !
Vos urnes décorées de lueurs, ô tulipes !
C'est le Soleil qui met le pur secret des vers
Dans le miroir de vos regards, Sphinx Univers,
Pour la sagesse des OEdipes !Architecte effrayant, tu dresses dans les nues
Des arches incrustées de perles inconnues,
Où glissent les reflets du soir et de l'aurore,
Tu peuples les azurs de fantômes hagards,
Tu fais dans les vapeurs bondir de sombres chars
Emportant des héros sonores !Quand le cristal des colonnades de la nuit
Sur le parvis des mers s'angélise et reluit,
Tu parais, empereur sacré des météores,
Ta pourpre est mélangée de joyaux lumineux,
Tu mires la splendeur de ton visage en feu
Sur les océans qui t'implorentTu combles le zénith d'un faste éblouissant
Tu peins de grandes croix rayonnantes de sang
Aux branches réunies par un feu circulaire ;
Et comme un conquérant parmi les rois vermeils
Tu t'entoures, Soleil, d'un quadruple soleil,
Rouge miroir de tes colères.Archangélique Archer, tu courbes parmi l'air
L'arc aux riches couleurs et tu tires l'éclair,
Cette flèche de qui mille flèches échappent,
Les flots, sous tes pieds d'or, s'inclinent, noirs dragons,
Et les nues verrouillées bondissent sur leurs gonds
Quand ton poing triomphal les frappe.Sur le pôle farouche où rêvent les hivers,
Des dômes, fièrement fulguraux, sont ouverts
Par tes yeux, épancheurs d'aurores boréales,
Leurs courbures de flamme aveuglent les argents ;
Féeriques, des lueurs sur les glaciers changeants
S'ouvrent en roses idéales.O gloire des couchants ! Sérénité des soirs.
Quand la Terre sacrée n'est plus qu'un encensoir
Vastement balancé dans le cosmos énorme !
Extase des matins où chantent les ramiers !
Platanes secouant leurs augustes cimiers
Où les pâles astres s'endorment !Ta clameur foudroyante embrase tous les ciels,
Indra, Hypérion, Horus et Michaël,
Tu resplendis debout sur la porte éternelle
Zoroastre en dressant le feu sur les sommets
Invoquait dans les bonds des flammes embaumées
La marche immense de ton aile !C'est vers toi que montaient les tragiques sanglots
Des sages méditant devant l'univers clos ;
Dans la joie des frontons comme un vautour tu voles,
Les obélisques sont tes rayons pétrifiés ;
Tu souris tendrement comme un dieu crucifié
Dans un incendie d'auréoles !Sous les porches de feu qui rougeoient sur ton sein,
Dans les ruches d'éclairs, circulent par essaims
Des anges dont la tête est couronnée de foudre.
Ils planent à travers les laves en furie,
La bénédiction de leurs ailes chéries
Vient nous grandir et nous absoudre.Salut, formidable Soleil !
Vénus, l'étoile des réveils,
Pose son baiser sur tes lèvres !
Grand Maître des temples divins,
Tu propages au monde vain
L'immortalité de tes fièvres !