Chasseur Egyptien

Le dur chasseur des monts s'en va si Vénus brille,
A travers papyrus, sycomores et blés ;
Son infernal carquois lourd de trépas ailés
Parle à son arc viril où l'éclair nu fourmille. 

Quel gibier s'abattra sous tes pas insensés ?
Ton regard de faucon plane dans l'aube austère.
Rougira-t-il les airs, les ondes ou la terre ?
Prends ta flèche ! Les proies du destin vont passer.

Tu vises le taureau que baignent les prairies,
La lyre de sa corne ouvre une double plainte,
Aux forges de son coeur le fer bondissant tinte
Quant, sifflante, la mort boit son âme fleurie.

Combien tombent d'oiseaux sous les ailes faucheuses
Jetées par ta main ferme à la moisson du ciel !
Leurs petits spectres vont rejoindre l'éternel
Le nain rouge a cueilli l'étoile douloureuse. 

Qui vengera les animaux persécutés ?
Homme, tes fortes mains ont subjugué le globe !
Ris en vain, tout-puissant, dans la terreur de l'aube :
Le clair soleil des morts guette ta majesté.

O revanche des Dieux ! matins de l'au-delà !
La momie du chasseur rêve parmi le marbre
Mais son double, fuyant sous d'invisibles arbres,
Evite les esprits qui rôdent çà et là.

Revers de l'existence ! oiseau, chasseur qui pleure
Dans les champs irréels tu crains le dard fatal !
Taureau, tremblant archer, sous l'astre occidental ,
Dans les yeux du tombeau tu vois flamboyer l'heure.

L' Heure du châtiment, dardant son front glacé
Brille comme une lune aux plaines du silence...
Enfermé dans un corps d'animal, tu t'élances,
Chasseur égyptien que les Dieux vont chasser !